L'Impossible Naissance, Annexes

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Annexe de la page 212 du livre « L'IMPOSSIBLE NAISSANCE ou L'ENFANT ENCLAVÉ »

EXTRAIT

(...) Hélène Loussier, artiste peintre et poète, retrace son cheminement analytique à travers son œuvre. Avec les tableaux, et souvent avec des poèmes qui les accompagnent, elle nous montre les différents temps de la construction de son image corporelle. Juste avant de démarrer l'analyse, elle avait écrit et illustré un conte pour adultes, intitulé « L'oreille, conte fantastique ». (...)

 
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« L'oreille, conte fantastique » de Hélène Loussier

L'histoire : « Un jeune homme s'échoue sur la plage d'une île où il vit un colonel avec sa fille, son secrétaire et quelques domestiques. Il a perdu une oreille en faisant naufrage, mais il continue d'entendre avec cette oreille. Comme elle se trouve quelque part au fond de l'océan, il entend donc la mer en permanence... ».

Nous retrouvons dans ce conte le fantasme de l'arbre renversé avec le thème de l'oreille primitive qui reste ancrée à l'intérieur du corps de la mèr(e).

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« La Dame de piques » de Hélène Loussier

La Dame de piques est peinte comme une sorcière menaçante munie d'un couteau, image  souvent présente dans les cauchemars récurrents des enfants et des patients enclavés (souvenez-vous de Sylviane). C'est l'image d'une Mère Primordiale effrayante, avec un corps hermaphrodite, moitié homme moitié femme, coupé en deux à partir de la taille. Le Valet de piques (et non pas le Roi, il est sans couronne) est représenté dans la partie basse de la carte à jouer et dans la direction opposée à la Dame, comme l'enfant dans le ventre, qui remplace à la fois les « jambes » de sa mère (son image fonctionnelle) et son phallus primordial.

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« Les maisons » de Hélène Loussier

« Les maisons, je les ai comptées, il y en a toujours eu dans ma vie. Je faisais des plans. Je regardais les vieilles maisons comme des solutions possibles au mal d'être... ».

Bâtir des maisons, se construire un espace interne différencié de l'espace externe, devenir visible, comme le personnage que l'on aperçoit à travers la fenêtre, et pouvoir sortir de l'ombre du sous-sol le corps caché (personnage rouge esquissé à gauche en bas du tableau) sont les fantasmes inconscients de l'enfant enclavé qu'Hélène Loussier nous fait découvrir à travers ses « mots-couleurs » (J.-P. Landau).

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« Ne faire qu'un » de Hélène Loussier

« Est-ce la même personne, ou deux personnes collées ensemble, de façon arbitraire ? De quelle façon sont-elles collées ? Qu'expriment-elles l'une pour l'autre ? S'aiment-elles ? Ont-elles remarqué qu'elle ne font qu'un, par la force d'une double charnière ? Et puis, laquelle est le double de l'autre ? Le double, c'est celui en trop, l'étreinte passionnée et obsessionnelle de l'image par la répétition. Mais aussi et surtout, la négation du temps, puisque le double vient toujours après, tout en s'identifiant à celui d'avant. »

Hélène Loussier introduit admirablement dans ce poème la question du temps impliqué dans la construction de l'image spéculaire et de l'altérité.

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« De l'ombre » de Hélène Loussier

« Votre ombre aime plaisanter. Elle est marquée. Longue. Terriblement déformée. Courte comme une petite flaque. Elle se tient à vos pieds. Vous la regardez de haut. Elle n'a aucune hésitation à vous suivre. Elle fait corps avec vous, mais elle n'est pas vous. Sachez-le, l'ombre que vous projetez ne dépend pas de votre volonté... Votre ombre vous est attachée. Elle n'a pas le choix. N'oublions pas qu'elle est une image inversée, comme celle du miroir. Bien qu'elle ait moins de succès, excepté dans les films noirs où elle tient clairement la vedette. Elle se différencie de l'image du miroir par son apparence, ce qui est peu de chose, mais surtout par le lieu où elle s'exprime. L'image du miroir est encadrée, elle est dedans. En revanche votre ombre est une image projetée sur la surface du monde. Elle est dehors. Elle n'a besoin que d'un peu de lumière pour s'opposer. Elle est aussi libre que vous...  Avant votre naissance, votre ombre se confond avec celle de votre mère, dans l'arrondi exagéré de sa forme. Votre ombre personnelle, celle qui dépend de vos propres mouvements, ne se distingue véritablement que lorsque vous cessez d'être tenu. En clair, lorsque vous vous déplacez seul, à quatre pattes, ou au début de la marche... Quand votre ombre ne représente que vous, c'est que vous êtes seul. »

Hélène Loussier retrace ici  le passage de l'autre coté du miroir : elle a l'impression d'exister, de devenir solide et opaque, étant désormais projetée sur la « surface du monde ».

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